ExpatriationPublié le 21 septembre 202612 min de lecture

Assurance vie luxembourgeoise à Dubaï et aux Émirats : ce que « zéro impôt » veut vraiment dire pour un Français

Rédigé par le pôle expertise Luxembourg — assurancevie.lu

En résumé

Les Émirats arabes unis n'ont ni impôt sur le revenu des personnes physiques, ni impôt sur les plus-values, et aucune loi fédérale n'instaure d'impôt sur les successions ou sur la fortune ; l'impôt sur les sociétés fédéral exclut expressément les revenus d'investissement personnels. Un rachat sur un contrat luxembourgeois n'est donc taxé ni aux Émirats ni au Luxembourg. Mais la convention fiscale France-Émirats de 1989 contient une clause (article 19 § 2) qui prive un Français resté domicilié en France au sens de l'article 4 B du CGI de tout bénéfice conventionnel : « partir à Dubaï » ne suffit pas, il faut avoir réellement cessé d'être résident fiscal français. Et au décès, le prélèvement français de l'article 990 I peut s'appliquer dès qu'un bénéficiaire est resté en France, quelle que soit la neutralité émirienne.

Le scénario est devenu banal : une offre à Dubaï, un salaire net d'impôt, un appartement à la Marina ou à Abu Dhabi, et une question qui revient dès le premier trimestre — « puisque je ne paie plus d'impôt, où mettre l'argent que j'accumule, et est-ce que je peux enfin sortir de mon assurance vie française sans être taxé ? » Beaucoup répondent trop vite, dans un sens comme dans l'autre : certains vendent tout en pensant que le fisc français a disparu de leur vie, d'autres ne touchent à rien de peur d'un redressement qu'ils ne savent pas définir.

Les profils concernés sont le plus souvent des cadres dirigeants, des entrepreneurs qui ont cédé une activité, ou des professions libérales qui basculent vers un statut de consultant à Dubaï. Ils ont un point commun : une partie de leur vie — conjoint, enfants scolarisés, résidence secondaire, société — reste souvent en France, et c'est précisément là que la fiscalité se joue. L'erreur la plus fréquente consiste à se croire non-résident parce qu'on travaille aux Émirats, alors que le foyer est resté en France.

Un contrat d'assurance vie luxembourgeois est, pour un résident émirien, un contrat conservé auprès d'un assureur européen soumis au triangle de sécurité luxembourgeois : le Luxembourg n'y prélève rien pour un non-résident, les Émirats non plus. Toute la question est de savoir si vous êtes, aux yeux de la France, réellement parti. Cet article traite ce point en premier, parce que tout le reste en découle, puis détaille le rachat, la transmission, et les erreurs qui coûtent le plus cher.

Suis-je vraiment non-résident fiscal français quand je vis à Dubaï ?

C'est la question que les guides « assurance vie Dubaï » sautent presque tous, et c'est la seule qui compte.

Côté émirien, la résidence fiscale est définie par la Cabinet Decision n° 85 de 2022 : est résident fiscal aux Émirats la personne physique qui y séjourne au moins 183 jours sur 12 mois, ou au moins 90 jours si elle y a sa résidence habituelle et son centre d'intérêts financiers et personnels (ou une activité/un emploi) et qu'elle est citoyenne ou résidente permanente des Émirats ou d'un État du CCG. L'Autorité fiscale fédérale (FTA) délivre sur cette base un certificat de résidence fiscale.

Côté français, l'article 4 B du CGI vous considère comme domicilié en France si vous y avez votre foyer ou votre lieu de séjour principal, ou votre activité professionnelle principale, ou le centre de vos intérêts économiques. Un seul critère suffit. Un cadre qui travaille à Dubaï mais dont le conjoint et les enfants vivent en France a, dans la lecture classique de l'administration, son foyer en France.

En cas de conflit, c'est normalement la convention fiscale qui tranche. La convention France-Émirats du 19 juillet 1989 (modifiée par l'avenant de 1993) contient toutefois une disposition inhabituelle, son article 19 § 2 : une personne physique qui est domiciliée en France au sens de sa législation interne (art. 4 B) reste imposable en France comme un résident, sans pouvoir invoquer la convention, sauf si elle a la nationalité émirienne. Autrement dit, la convention ne vous protège pas contre l'article 4 B : si l'un de ses critères est rempli, vous êtes résident fiscal français, et vos rachats d'assurance vie — luxembourgeoise comprise — sont imposés en France au PFU de 30 % ou au barème.

Conséquence pratique : le « zéro impôt » émirien n'a de valeur que pour quelqu'un dont le foyer, le séjour principal, l'activité principale et le centre des intérêts économiques sont tous hors de France. C'est le premier point à vérifier avant même de parler de contrat.

Comment un rachat sur mon contrat luxembourgeois est-il imposé si je suis résident aux Émirats ?

Pour un véritable non-résident français devenu résident émirien, le rachat est effectivement net d'impôt dans les trois pays concernés.

Deux remarques pour ne pas surinterpréter. D'abord, cela vaut pour tout produit d'épargne détenu par un résident émirien, y compris un compte-titres. L'avantage du contrat luxembourgeois n'est pas fiscal aux Émirats ; il est dans la portabilité (si vous repartez un jour — et la majorité des expatriés de Dubaï repartent), la protection du triangle de sécurité, et la préparation de la transmission.

Ensuite, un contrat d'assurance vie français conservé pendant l'expatriation reste soumis au prélèvement forfaitaire français des non-résidents sur les gains rachetés (article 125-0 A II bis du CGI) : 12,8 %, ou 7,5 % après 8 ans pour les produits attachés aux primes versées depuis le 27 septembre 2017, sans abattement de 4 600 €/9 200 € — mais aussi sans prélèvements sociaux. La convention France-Émirats ne contient pas d'article « autres revenus » qui permettrait d'y échapper ; la qualification conventionnelle de ces produits et l'éventuelle réduction du taux doivent être vérifiées avec un fiscaliste au cas par cas.

  • Aux Émirats : aucun impôt sur le revenu des personnes physiques (portail officiel u.ae). L'impôt fédéral sur les sociétés (Federal Decree-Law n° 47 de 2022) ne vise les personnes physiques que pour une activité d'entreprise ; la Cabinet Decision n° 49 de 2023 exclut expressément le « personal investment income » et les revenus immobiliers personnels
  • Au Luxembourg : les articles 146 LIR (retenues à la source) et 156 LIR (revenus imposables des non-résidents) ne visent pas les produits d'assurance vie ; aucune retenue n'est opérée
  • En France : rien, puisque vous n'êtes plus résident et que le contrat n'est pas de source française

Que se passe-t-il au décès d'un résident de Dubaï titulaire d'un contrat luxembourgeois ?

C'est le sujet le plus mal traité par les contenus concurrents, et le plus lourd de conséquences.

Côté Émirats : aucune loi fédérale n'instaure de droits de succession. La question n'est pas fiscale mais civile : en l'absence de testament, la dévolution des biens situés aux Émirats peut relever de règles de droit local. Le Federal Decree-Law n° 41 de 2022 (statut personnel civil des non-musulmans) et les registres de testaments (DIFC Wills, Abu Dhabi) existent pour y répondre. Dans quelle mesure un contrat d'assurance vie luxembourgeois avec bénéficiaire désigné est considéré comme situé hors des Émirats et échappe à toute procédure successorale locale n'est traité par aucune source officielle émirienne que nous ayons consultée ; ce point est à faire valider par un avocat aux Émirats.

Côté France, deux mécanismes distincts coexistent. Les droits de succession (article 750 ter du CGI) : la France impose les biens mondiaux si le défunt était domicilié en France, ou les biens situés en France, ou — 750 ter 3° — les biens reçus par un héritier domicilié en France au moins 6 des 10 dernières années. L'article 17 § 3 de la convention France-Émirats attribue toutefois l'imposition des biens meubles incorporels (titres, dépôts, créances) au seul État de résidence du défunt, ce qui neutralise le 750 ter 3° pour un véritable résident émirien. Le capital d'assurance vie ne relève pas, en principe, des droits de succession mais du prélèvement ci-dessous.

Le prélèvement de l'article 990 I du CGI s'applique à un contrat d'assurance vie (luxembourgeois compris) dès lors que le bénéficiaire est domicilié fiscalement en France au moment du décès et l'a été au moins 6 des 10 années précédentes, ou que l'assuré est domicilié en France au moment du décès. Précision qui corrige une erreur fréquente : la condition des 6 ans sur 10 porte sur le bénéficiaire, pas sur l'assuré. Taux : 20 % après un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, 31,25 % au-delà de 700 000 € de part taxable. Les primes versées après 70 ans relèvent de l'article 757 B (droits de succession au-delà de 30 500 €).

La convention France-Émirats couvre les impôts sur les successions, mais le 990 I est un prélèvement sui generis et non un droit de succession au sens strict : rien ne garantit que l'article 17 § 3 le neutralise, et nous n'avons trouvé aucune position administrative en ce sens. La prudence impose de raisonner comme si le 990 I s'appliquait chaque fois qu'un bénéficiaire réside en France.

Illustration chiffrée : deux enfants, deux pays, deux résultats

Situation type construite pour illustrer le mécanisme, à partir de paramètres réalistes ; elle ne décrit pas un client réel.

Un dirigeant installé à Dubaï depuis 4 ans, véritable non-résident français, décède avec un contrat luxembourgeois de 1,2 M€ (primes versées avant 70 ans) au profit de ses deux enfants, dont l'un vit à Lyon depuis toujours et l'autre à Singapour depuis 8 ans. Pour l'enfant de Lyon : part de 600 000 €, abattement 152 500 €, base 447 500 € taxée à 20 %, soit 89 500 € de prélèvement 990 I. Pour l'enfant de Singapour : aucun prélèvement français, aucune taxe émirienne, aucune retenue luxembourgeoise. La résidence de l'assuré aux Émirats n'a changé que le sort du second enfant.

Contrat luxembourgeois, contrat français conservé, compte-titres local : que choisir depuis Dubaï ?

Le tableau ci-dessous compare les quatre options rencontrées le plus souvent, à la fois pendant l'expatriation et dans la perspective d'un retour en France. Sur les plus-values latentes d'un compte-titres, aucun texte ne prévoit de revalorisation de la base (« step-up ») à l'arrivée en France ; en l'absence de doctrine explicite, il faut raisonner comme si les gains accumulés pendant l'expatriation étaient taxés lors des cessions après le retour.

Verdict : pour un expatrié qui a de fortes chances de revenir un jour en Europe ou dont des bénéficiaires vivent en France, le contrat luxembourgeois est l'enveloppe la plus cohérente, non pour l'impôt pendant le séjour (tout est à zéro) mais pour l'après. Pour un expatrié définitivement installé, sans attache française, l'argument se réduit à la protection des avoirs et à la clause bénéficiaire — ce qui reste substantiel, mais mérite d'être dit sans exagération.

OptionRachat pendant l'expatriationDécèsRetour en FranceInconvénients réels
Contrat luxembourgeois0 % (EAU, Luxembourg, France) si non-résident français990 I si bénéficiaire en France ; neutre sinonConservé sans liquidation, ancienneté acquise, fiscalité française reprendFrais d'enveloppe ; ticket d'entrée ; 4 à 8 semaines de souscription ; déclaration 3916 au retour
Contrat français conservéPrélèvement forfaitaire non-résident sur les gains (12,8 % ou 7,5 % après 8 ans), sans abattement990 I selon les mêmes règlesRégime résident retrouvé, ancienneté conservéeGestion souvent restreinte hors UE ; nouveaux versements parfois refusés
Compte-titres / plateforme locale ou internationale0 % aux EAUPas de clause bénéficiaire : succession civile, question du droit applicablePlus-values latentes taxées au retour lors des cessions, sans step-up prévu par les textesPas d'enveloppe de capitalisation ; fragmentation ; risque de contrepartie selon la plateforme
Produits d'assurance « offshore » vendus localement0 % aux EAUVariableSouvent inadaptés au régime fiscal françaisFrais élevés et opaques, engagements longs, régulation différente de l'UE — sujet fréquent de litiges

Quelles erreurs voit-on le plus souvent chez les Français de Dubaï ?

Six erreurs reviennent régulièrement dans les situations d'expatriés aux Émirats. Aucune n'est technique au sens strict ; toutes viennent d'une confusion entre le régime émirien et la position française.

  • Se croire non-résident alors que la famille est restée en France : l'article 19 § 2 de la convention ferme toute discussion, le 4 B du CGI s'applique seul
  • Racheter un contrat français avant d'avoir sécurisé sa non-résidence, et découvrir que le rachat a été fait pendant une année où le foyer était encore en France
  • Oublier les bénéficiaires restés en France dans le raisonnement sur la transmission
  • Confondre certificat de résidence émirien et non-résidence française : le premier est nécessaire, pas suffisant
  • Souscrire un produit « international » vendu localement, à frais élevés, qui sera fiscalement illisible au retour en France
  • Ne pas anticiper le retour : dès la première année, le contrat luxembourgeois doit être déclaré (formulaire 3916) et les rachats redeviennent imposables en France

Questions fréquentes

Un rachat d'assurance vie luxembourgeoise est-il imposé quand on vit à Dubaï ?+

Non, pour un véritable non-résident français : les Émirats n'ont pas d'impôt sur le revenu des personnes physiques, le Luxembourg ne prélève rien sur les non-résidents, et la France n'impose pas un contrat étranger détenu par un non-résident.

Que dit la convention France-Émirats sur la résidence fiscale ?+

Son article 19 § 2 empêche un Français domicilié en France au sens de l'article 4 B du CGI d'invoquer la convention, sauf s'il a la nationalité émirienne. Si votre foyer, votre séjour principal, votre activité principale ou le centre de vos intérêts économiques est en France, vous restez résident fiscal français malgré votre installation à Dubaï.

Le prélèvement de l'article 990 I s'applique-t-il si je décède à Dubaï ?+

Oui, dès qu'un bénéficiaire est domicilié en France au moment du décès et l'a été 6 des 10 années précédentes : 20 % après 152 500 € d'abattement par bénéficiaire, 31,25 % au-delà de 700 000 €. La résidence émirienne de l'assuré ne protège pas un bénéficiaire resté en France.

Les Émirats ont-ils des droits de succession ?+

Aucune loi fédérale n'en instaure. La question au décès est civile (droit applicable à la dévolution) plutôt que fiscale ; un testament enregistré et une clause bénéficiaire bien rédigée sont les outils habituels.

Mon contrat d'assurance vie français reste-t-il intéressant à Dubaï ?+

Il reste soumis au prélèvement forfaitaire français des non-résidents sur les gains rachetés (12,8 %, ou 7,5 % après 8 ans), sans abattement, et plusieurs assureurs français limitent la gestion des contrats de résidents hors UE. Il n'est pas nécessaire de le clôturer, mais il n'a pas d'avantage particulier pendant l'expatriation.

Le Luxembourg prélève-t-il quelque chose ?+

Non : les articles 146 et 156 de la loi luxembourgeoise de l'impôt sur le revenu ne visent pas les produits d'assurance vie perçus par des non-résidents.

Faut-il déclarer un contrat luxembourgeois aux Émirats ?+

Il n'existe pas de déclaration de revenus des personnes physiques aux Émirats. En revanche, dès votre retour en France, le contrat devra être déclaré chaque année via le formulaire 3916, et l'échange automatique d'informations (CRS) fait que l'administration française en aura connaissance.

Pour aller plus loin

Sources

  • Convention fiscale France-Émirats arabes unis du 19 juillet 1989 et avenant du 6 décembre 1993, notamment art. 17 § 3 (successions, biens meubles incorporels) et art. 19 § 2 (résidents de France au sens du 4 B) : https://www.impots.gouv.fr/les-conventions-internationales
  • BOFiP — BOI-INT-CVB-ARE (commentaires de la convention France-Émirats) : https://bofip.impots.gouv.fr
  • Code général des impôts, art. 4 B, 125-0 A, 750 ter, 757 B, 990 I : https://www.legifrance.gouv.fr
  • BOFiP — BOI-TCAS-AUT-60 (prélèvement 990 I, champ territorial) : https://bofip.impots.gouv.fr
  • BOFiP — BOI-RPPM-RCM-30-10-20-20 (prélèvement forfaitaire sur les produits d'assurance vie perçus par des non-résidents) : https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/9312-PGP.html/identifiant=BOI-RPPM-RCM-30-10-20-20-20171004
  • Portail officiel des Émirats arabes unis, fiscalité des particuliers (absence d'impôt sur le revenu) : https://u.ae/en/information-and-services/finance-and-investment/taxation
  • Federal Decree-Law No. 47 of 2022 on the Taxation of Corporations and Businesses ; Cabinet Decision No. 49 of 2023 (exclusion du personal investment income) : https://tax.gov.ae
  • Cabinet Decision No. 85 of 2022 on Determination of Tax Residency ; Ministerial Decision No. 27 of 2023 : https://tax.gov.ae
  • Loi luxembourgeoise modifiée du 4 décembre 1967 concernant l'impôt sur le revenu (LIR), art. 146 et 156 : https://impotsdirects.public.lu/fr/legislation/LIR.html

Vivre aux Émirats rend un rachat d'assurance vie luxembourgeoise effectivement net d'impôt — mais uniquement pour quelqu'un qui a réellement cessé d'être résident fiscal français au sens de l'article 4 B, la convention de 1989 ne laissant aucune marge à ce sujet. Le contrat luxembourgeois ne fait pas gagner d'impôt pendant le séjour à Dubaï ; il prépare l'après : le retour, l'expatriation suivante, et la transmission à des bénéficiaires qui, souvent, vivent encore en France et relèveront du 990 I.

Vérifier sa non-résidence avant tout rachat ; raisonner la clause bénéficiaire pays par pays ; se méfier des produits « offshore » vendus localement ; anticiper la déclaration 3916 au retour.

Si votre départ ou votre installation est récente, un examen des quatre critères du 4 B au regard de votre situation familiale et professionnelle réelle est le préalable à toute décision sur vos contrats.

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