ExpatriationPublié le 1er octobre 2026 — 16 min de lecture

Quitter la France : la chronologie patrimoniale du départ, enveloppe par enveloppe

Rédigé par le pôle expertise Luxembourg — assurancevie.lu

En résumé

La date qui organise tout un départ n'est ni celle du visa ni celle du certificat de résidence délivré par le pays d'accueil : c'est celle à partir de laquelle plus aucun des quatre critères de l'article 4 B du CGI n'est rempli. Jusqu'à cette date, vos revenus mondiaux sont imposés en France ; après, seuls vos revenus de source française le sont, déclarés l'année suivante sur deux formulaires distincts (2042 pour la période résidente, 2042-NR pour la suite). Un contrat d'assurance vie français conservé bascule sur un prélèvement de 12,8 % ou 7,5 % sans abattement ni prélèvements sociaux ; un PEA n'est plus clôturé par le départ, sauf vers un État non coopératif ; un PER devient le point le plus délicat du dossier. Le contrat luxembourgeois, lui, ne déclenche rien au départ : la seule vraie question est de savoir s'il est plus simple de l'ouvrir avant ou après la date de transfert.

Un départ à l'étranger se prépare presque toujours dans le même ordre : la destination, le visa, la société, le logement, le compte bancaire local, l'école des enfants. L'épargne arrive en dernier, souvent après la date de départ, au moment où quelqu'un demande « et vos contrats, qu'en avez-vous fait ? » et où la réponse est : rien, ou l'inverse de ce qu'il aurait fallu.

Les cabinets spécialisés dans l'expatriation ont décrit avec précision la chronologie d'un départ pour la résidence fiscale (dans quel ordre défaire ses attaches françaises) et pour la société (la créer avant ou après le départ). La chronologie de l'épargne personnelle, elle, n'est écrite nulle part : à quelle date un rachat d'assurance vie change de régime, si un PEA doit être fermé, ce qu'un plan d'épargne retraite devient, ce qu'il faut déclarer l'année du départ, et à quel moment ouvrir un contrat luxembourgeois pour ne pas avoir à le faire depuis un pays où les justificatifs sont plus difficiles à réunir.

Cet article prend une seule date de référence, celle du transfert du domicile fiscal au sens de l'article 4 B du CGI, et déroule enveloppe par enveloppe ce qui doit être réglé avant, ce qui peut attendre, et ce qui ne change jamais quel que soit le pays d'arrivée. Il décrit la fiscalité et le calendrier déclaratif de chaque enveloppe ; il ne dit pas lesquelles garder ou vendre, décision qui relève d'un fiscaliste ou d'un conseiller en investissements financiers au regard de votre situation. Il s'arrête là où commence le travail de relocation proprement dit (visa, société, banque locale, logement), que nous situons en fin d'article avec le cabinet partenaire qui le mène.

Quelle date fait de vous un non-résident : le visa, le certificat de résidence étranger ou le transfert du domicile ?

Trois dates se présentent comme candidates, et une seule compte pour le fisc français. La date du visa ou du titre de séjour obtenu dans le pays d'accueil est une date d'immigration : elle n'a aucun effet sur votre rattachement fiscal à la France. La date du certificat de résidence fiscale délivré par l'administration étrangère est une date de preuve : utile, parfois indispensable, mais elle ne crée pas la non-résidence. La seule date qui compte est celle à partir de laquelle vous ne remplissez plus aucun des quatre critères de l'article 4 B du CGI : foyer en France, séjour principal en France, activité professionnelle principale en France, centre des intérêts économiques en France. Un seul critère maintenu suffit à vous garder résident.

Cette date est une date de fait, pas une date déclarée. C'est le point sur lequel Coreway Consulting, cabinet spécialisé dans l'expatriation et la relocalisation fiscale, insiste dans ses analyses sur les critères que l'administration regarde réellement et sur la différence entre un visa de résidence et une résidence fiscale : le visa est « un préalable matériel, pas une condition juridique de la résidence fiscale elle-même ». La règle des 183 jours, souvent citée comme un seuil magique, n'est qu'une lecture du critère de séjour principal, et le même cabinet montre pourquoi elle ne suffit pas à quitter la résidence fiscale française quand le foyer ou le centre des intérêts économiques reste en France.

En pratique, la date retenue est le jour où le dernier critère tombe : le plus souvent le jour où le foyer (conjoint, enfants) s'installe effectivement à l'étranger, ou, pour une personne seule, le jour du départ physique une fois le logement français libéré ou loué et l'activité française cessée. Quand le pays d'accueil vous revendique aussi, la convention fiscale départage, avec des exceptions notables : la convention France-Émirats de 1989 prive un Français domicilié en France au sens du 4 B de toute protection conventionnelle (article 19 § 2), ce que nous détaillons dans notre article consacré à Dubaï. La preuve de la résidence étrangère, elle, se constitue dès le premier jour ; Coreway Consulting en donne le mode d'emploi pour les Émirats dans comment prouver sa résidence fiscale aux Émirats.

Tout le reste de cet article raisonne par rapport à cette date, que nous appellerons « la date de transfert ».

Comment l'année du départ est-elle imposée et déclarée ?

L'article 167 du CGI découpe l'année du départ en deux périodes. Jusqu'à la date de transfert, vous êtes imposé comme un résident, sur l'ensemble des revenus mondiaux dont vous avez disposé jusqu'à cette date. À partir de cette date, vous n'êtes plus imposable en France que sur vos revenus de source française au sens de l'article 164 B : loyers d'un bien situé en France, dividendes de sociétés françaises, pensions, et, pour ce qui nous occupe, les produits d'un contrat d'assurance vie français.

Déclarativement, cela se traduit l'année suivante par deux formulaires déposés auprès du service des impôts des particuliers non-résidents : la déclaration 2042 (et ses annexes) pour la période du 1er janvier à la date de transfert, et la déclaration 2042-NR pour les revenus de source française perçus après cette date. La date de transfert elle-même est indiquée dans la déclaration. La doctrine administrative (BOI-IR-DOMIC-20, § 90 à 190) décrit ce découpage, qui est le miroir exact de ce que nous décrivons pour l'année du retour dans notre article sur le retour en France.

Deux particularités de la période non-résidente. D'abord, l'impôt sur les revenus de source française est calculé avec un taux minimum (article 197 A du CGI : 20 % jusqu'à la limite de la deuxième tranche du barème, 30 % au-delà), sauf à démontrer que le taux moyen qui résulterait de l'imposition de vos revenus mondiaux serait inférieur. Ensuite, les prélèvements sociaux sur les revenus du capital cessent de s'appliquer aux personnes qui ne sont plus fiscalement domiciliées en France (articles L. 136-6 et L. 136-7 du code de la sécurité sociale), à l'exception des revenus et plus-values immobiliers de source française, qui restent soumis à des prélèvements dont le taux dépend de votre régime d'affiliation.

Enfin, un contrat d'assurance vie souscrit hors de France (un contrat luxembourgeois, par exemple) et détenu pendant la période où vous étiez encore résident doit, en principe, figurer sur le formulaire 3916 joint à cette dernière déclaration de résident (article 1649 AA du CGI) ; l'obligation disparaît ensuite tant que vous restez non-résident. Notre article sur le contrat luxembourgeois non déclaré détaille ce qu'un oubli coûte.

Le volet « résidence » de cette chronologie, c'est-à-dire l'ordre dans lequel défaire ses attaches et constituer le dossier de preuve, est traité pas à pas par Coreway Consulting dans quitter la France fiscalement et dans comment devenir non-résident fiscal, qui propose un calendrier type commençant six à douze mois avant le départ. La suite de cet article s'y emboîte : c'est le volet « épargne » du même calendrier.

Que devient un contrat d'assurance vie français conservé après la date de transfert ?

Il ne se ferme pas et ne perd pas son ancienneté. Ce qui change, c'est le régime de ses rachats. Un rachat réalisé avant la date de transfert est celui d'un résident : prélèvement forfaitaire unique ou barème sur option, abattement annuel de 4 600 € ou 9 200 € après huit ans, prélèvements sociaux de 17,2 %. Un rachat réalisé après la date de transfert relève de l'article 125-0 A, II bis du CGI : un prélèvement libératoire de 12,8 %, ramené à 7,5 % pour les produits attachés aux primes versées depuis le 27 septembre 2017 lorsque le contrat a plus de huit ans, sans aucun abattement, mais aussi sans prélèvements sociaux. La convention fiscale avec votre pays d'accueil peut réduire ce prélèvement selon la qualification qu'elle donne à ces produits (intérêts ou autres revenus) ; cette lecture se fait convention par convention, avec un fiscaliste.

La conséquence pratique est contre-intuitive : pour un contrat de plus de huit ans dont les gains sont modestes, le régime résident (abattement de 9 200 € pour un couple) peut être plus favorable qu'un prélèvement de 7,5 % sans abattement ; pour un contrat jeune ou des gains importants, c'est l'inverse. Notre article sur le changement de résidence en cours de contrat développe ce raisonnement et ses limites. Ce qu'il faut retenir ici tient en une phrase : si un rachat est envisagé, sa date par rapport à la date de transfert change son régime, et cette date se choisit.

Deux points ne bougent pas. Le prélèvement de l'article 990 I au décès continue de s'appliquer dès qu'un bénéficiaire est domicilié en France au moment du décès et l'a été six des dix années précédentes, quelle que soit votre propre résidence. Et plusieurs assureurs français restreignent la gestion des contrats détenus par des résidents hors de l'Union européenne : nouveaux versements refusés, arbitrages limités, parfois résiliation du mandat de gestion. Ce dernier point se vérifie auprès de l'assureur avant la date de transfert, pas après.

Le PEA est-il clôturé quand on quitte la France ?

Non, depuis une instruction du 20 mars 2012 reprise au BOFiP (BOI-RPPM-RCM-40-50-20-20, § 720) : le transfert du domicile fiscal hors de France n'entraîne plus la clôture du plan, quel que soit l'État d'arrivée, à une exception près. Si ce transfert se fait vers un État ou territoire non coopératif au sens de l'article 238-0 A du CGI, le plan est clos et le gain net imposé à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux. La liste de ces États est fixée par arrêté et mise à jour régulièrement ; aucune des destinations européennes ou du Golfe habituelles n'y figure aujourd'hui, mais la vérification à la date du départ fait partie du dossier.

Pour un non-résident, le gain net réalisé lors d'un retrait ou de la clôture du plan est hors du champ de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux français. Les dividendes de sociétés françaises encaissés dans le plan peuvent en revanche supporter la retenue à la source applicable aux non-résidents, au taux prévu par la convention : c'est un point à vérifier avec l'établissement teneur du plan. La loi n'exige la domiciliation en France qu'à l'ouverture ; la poursuite des versements une fois non-résident reste en principe possible, sous réserve de la politique de l'établissement.

Fermer un PEA « parce qu'on part » est donc un réflexe coûteux : il fait perdre l'antériorité du plan sans contrepartie fiscale, et prive d'un cadre qui, en cas de retour en France, aurait repris son régime de faveur sans délai d'attente.

Et le PER : que devient un plan d'épargne retraite quand on devient non-résident ?

Le PER est l'enveloppe la plus délicate du dossier, parce que sa fiscalité de sortie dépend de la nature de chaque compartiment et que le statut de non-résident la réécrit. Le plan n'est pas clôturé par le départ et les versements restent possibles, mais leur déduction perd tout intérêt dès que vous n'avez plus de revenus imposables en France au barème.

À la sortie en capital, trois fractions coexistent. La part correspondant aux versements qui ont été déduits est imposée comme une pension : pour un non-résident, elle relève de la retenue à la source de l'article 182 A du CGI (barème à 0 %, 12 % et 20 %), sous réserve de la convention fiscale, dont l'article « pensions » peut attribuer l'imposition au seul pays de résidence. La part correspondant aux gains relève d'un prélèvement forfaitaire. La part correspondant aux versements non déduits est exonérée. Les lectures divergent sur le détail de ces trois régimes pour un non-résident, notamment sur les prélèvements applicables aux gains ; ce point doit être validé avec un fiscaliste avant toute sortie, et idéalement avant le départ.

Le PER est aussi l'enveloppe où la question « avant ou après la date de transfert » se pose avec le plus de force : un déblocage anticipé (acquisition de la résidence principale, accidents de la vie) ou une sortie à la retraite réalisée pendant la période résidente suit le régime français complet ; réalisée après, elle suit le régime des non-résidents et la convention. Aucune règle générale ne permet de dire lequel est préférable : cela dépend de la convention du pays d'arrivée et de votre tranche d'imposition l'année concernée.

Compte-titres, exit tax, IFI, prélèvements sociaux : ce qui s'arrête à la date de transfert, ce qui continue

Compte-titres. Les plus-values de cession de valeurs mobilières réalisées par un non-résident ne sont pas imposables en France, sauf participation substantielle (plus de 25 % des droits dans les bénéfices d'une société française, à un moment quelconque des cinq années précédentes, article 244 bis B du CGI). Les dividendes de source française supportent une retenue à la source de 12,8 % (article 187), réduite ou supprimée par la convention. Une plus-value latente au jour du départ n'est pas imposée en France, hors exit tax ; elle le sera, ou non, dans le pays d'arrivée selon ses règles, le plus souvent sans revalorisation de la valeur d'acquisition.

Exit tax. Elle ne concerne que les contribuables qui ont été résidents six des dix années précédant le départ et qui détiennent des titres ou droits sociaux dont la valeur dépasse 800 000 € ou qui représentent plus de 50 % des bénéfices d'une société (article 167 bis). Elle ne vise jamais un contrat d'assurance vie, et ouvrir un contrat luxembourgeois ne permet pas d'y échapper : notre article dédié à l'exit tax explique le sursis de paiement et le dégrèvement. Elle se déclare avec la déclaration de l'année du départ, sur le formulaire 2074-ETD.

IFI. À partir de la date de transfert, vous n'êtes redevable de l'IFI que sur vos biens et droits immobiliers situés en France, y compris détenus indirectement (article 964, 2° du CGI). Les unités de compte d'un contrat d'assurance vie représentatives d'immeubles situés en France entrent dans cette assiette (articles 965 et 972) ; notre article sur l'IFI et l'assurance vie luxembourgeoise en détaille le calcul.

Prélèvements sociaux. Ils cessent sur les revenus du capital mobilier (rachats d'assurance vie, dividendes, plus-values mobilières) dès que vous n'êtes plus domicilié en France, et subsistent sur les revenus et plus-values immobiliers de source française, à un taux qui dépend de votre régime d'affiliation à la sécurité sociale.

Faut-il ouvrir le contrat luxembourgeois avant ou après la date de transfert ?

Le contrat luxembourgeois est la seule enveloppe de cette liste pour laquelle le départ ne déclenche rien : pas d'imposition, pas de clôture, pas de perte d'ancienneté. Le Luxembourg n'impose pas les produits perçus par des non-résidents (articles 146 et 156 de la loi luxembourgeoise de l'impôt sur le revenu), la France n'impose pas un contrat étranger détenu par un non-résident, et seul le pays d'arrivée se prononce, selon ses propres règles, que nous détaillons pays par pays dans notre sélecteur pays et étape. La question n'est donc pas « faut-il le garder » mais « quand l'ouvrir », si ce n'est pas déjà fait.

Ouvrir avant la date de transfert est, dans la plupart des cas, le chemin le plus simple. Vous souscrivez en libre prestation de services comme résident français, avec des justificatifs français que l'assureur sait lire ; la vérification de l'identité et de l'origine des fonds, qui prend de quatre à huit semaines, se fait depuis la France ; l'ancienneté fiscale du contrat court dès le premier versement, ce qui comptera si vous revenez un jour ; et le contrat figure sur le formulaire 3916 de votre dernière déclaration de résident, puis plus du tout tant que vous êtes non-résident. La seule contrainte est de signaler le changement de résidence à l'assureur quelques mois plus tard, avec une nouvelle auto-certification de résidence fiscale au titre de l'échange automatique d'informations ; notre article sur l'actualisation du dossier KYC explique pourquoi cette mise à jour est obligatoire.

Ouvrir après la date de transfert est possible, mais sous deux conditions qui n'existent pas pour un résident de l'Espace économique européen. La première est l'acceptation de votre pays de résidence par la compagnie : hors EEE, la libre prestation de services ne joue pas, et chaque assureur tient une liste interne de pays acceptés, refusés ou acceptés sous conditions, qui n'est pas publique et change dans le temps. La seconde est le droit de l'assurance du pays d'arrivée. Aux Émirats, par exemple, le Federal Decree-Law n° 48 de 2023 réserve aux assureurs licenciés par la Banque centrale la couverture des risques situés dans le pays et déclare nuls les contrats émis par des entités non licenciées (articles 12 et 41) ; la portée de ce texte à l'égard d'un contrat d'assurance vie souscrit par un résident émirien auprès d'un assureur luxembourgeois n'est, à notre connaissance, tranchée par aucune position publique, et doit être validée par un avocat aux Émirats et par le service conformité de la compagnie avant toute souscription depuis Dubaï. Les justificatifs demandés changent aussi : certificat de résidence fiscale local, justificatif de domicile étranger, relevés d'un compte local, pièces que vous n'aurez pas toutes dans les premiers mois.

Un point d'honnêteté pour finir. Pour quelqu'un qui part définitivement, sans bénéficiaire resté en France et sans perspective de retour en Europe, l'intérêt du contrat luxembourgeois pendant l'expatriation n'est pas fiscal : il tient à la protection des avoirs par le triangle de sécurité, à la gestion en plusieurs devises et à la clause bénéficiaire. C'est substantiel, mais cela mérite d'être dit sans exagération.

CritèreSouscription avant la date de transfertSouscription après la date de transfert
Cadre de commercialisationLibre prestation de services (résident français)LPS si pays d'arrivée dans l'EEE ; sinon acceptation discrétionnaire de la compagnie, pays par pays
Justificatifs KYCPièces françaises (avis d'imposition, justificatif de domicile, relevés)Certificat de résidence fiscale local, justificatif de domicile étranger, relevés d'un compte local
Délai4 à 8 semaines, à engager au plus tard deux mois avant la date4 à 8 semaines, souvent allongées par la collecte des pièces étrangères
Droit local de l'assuranceSans objetÀ vérifier dans le pays d'arrivée (ex. Émirats : Decree-Law 48/2023)
Formulaire 3916Oui, sur la dernière déclaration de résidentNon, tant que vous restez non-résident
Ancienneté fiscale françaiseCourt dès le premier versementCourt dès le premier versement également ; utile seulement en cas de retour
Mise à jour CRS / KYCÀ faire après le départ (nouvelle auto-certification)Faite d'emblée avec la résidence étrangère

Où s'arrête la partie patrimoniale et où commence la relocation ?

Tout ce qui précède suppose qu'une chose soit réglée en parallèle : la bascule effective de la résidence. Visa ou titre de séjour, création ou transfert de la société, ouverture d'un compte bancaire local, logement à votre nom, scolarité, assurance santé : ce sont ces éléments qui font tomber les critères du 4 B et fixent la date de transfert. Ils relèvent d'un métier distinct du nôtre, et leur calendrier commande souvent le reste. Les banques du pays d'accueil, en particulier, imposent leur propre rythme d'entrée en relation, et un versement sur un contrat luxembourgeois depuis un compte local suppose que ce compte existe.

Coreway Consulting, cabinet établi à Dubaï et spécialisé dans l'expatriation et la relocalisation fiscale, intervient précisément sur ce volet. Il couvre 28 destinations en Europe, au Moyen-Orient, en Asie, dans les Amériques et dans l'océan Indien, et son accompagnement consiste à coordonner, pour un même dossier, l'avocat fiscaliste, l'expert-comptable, la banque et le partenaire local de la destination retenue, en traitant à la fois le pays de départ et le pays d'arrivée. Sa méthode commence par un questionnaire de quinze questions, suivi d'une première réponse sous vingt-quatre heures ouvrées et d'un entretien de trente minutes en visioconférence avec le consultant qui suivra le dossier ; elle est décrite sur sa page évaluer votre situation.

L'articulation entre les deux calendriers est simple à énoncer. Le rétroplanning de relocation que Coreway Consulting décrit pour un départ vers Dubaï, cartographie des attaches, ruptures matérielles, puis départ physique, court sur environ six mois. Les décisions patrimoniales de cet article se prennent pendant la première phase, celle de la cartographie, et la souscription d'un contrat luxembourgeois, si elle est retenue, s'engage au plus tard au début de la deuxième, pour que les quatre à huit semaines de vérification se terminent avant la date de transfert. Les rôles restent distincts : Coreway Consulting n'est pas intermédiaire d'assurance et ne conçoit pas de contrat ; assurancevie.lu ne fait pas de relocation et ne se substitue ni au fiscaliste ni à l'avocat du pays d'arrivée.

Tableau récapitulatif : avant la date de transfert, après, ou indifférent ?

Le tableau ci-dessous résume, pour chaque enveloppe ou obligation, ce qui change à la date de transfert et ce qui ne bouge pas. Il décrit des régimes fiscaux, pas des recommandations d'arbitrage : la décision de racheter, conserver ou verser se prend avec votre fiscaliste au regard de votre situation et de la convention du pays d'arrivée.

Enveloppe ou obligationAvant la date de transfertAprès la date de transfertCe qui ne change pas
Assurance vie françaiseRachat au régime résident : PFU ou barème, abattement 4 600 €/9 200 €, prélèvements sociaux 17,2 %. Vérifier la politique de l'assureur pour les non-résidentsRachat au prélèvement de 12,8 % ou 7,5 %, sans abattement ni prélèvements sociaux, sous réserve de la conventionAncienneté conservée ; 990 I selon la résidence des bénéficiaires
Contrat luxembourgeoisSouscription en LPS avec justificatifs français ; 3916 sur la dernière déclaration de résidentSouscription soumise à l'acceptation du pays par la compagnie et au droit local ; plus de 3916Neutralité luxembourgeoise ; 990 I ; mise à jour CRS à chaque changement de résidence
PEARien à faire ; ne pas clôturerPlan maintenu sauf État non coopératif ; gains hors champ de l'IR et des prélèvements sociaux ; retenue éventuelle sur dividendes françaisAntériorité du plan
PERDéduction des versements utile tant qu'il existe des revenus imposables en France au barèmeSortie en capital : retenue à la source 182 A sur la part déduite, sous réserve de la convention ; à valider avec un fiscalistePlan maintenu
Compte-titresCessions imposées au régime résident (PFU 30 % ou barème)Plus-values non imposables en France sauf participation substantielle (244 bis B) ; retenue sur dividendes françaisPas de revalorisation automatique des prix d'acquisition
Exit taxÉvaluer si titres > 800 000 € ou > 50 % ; 2074-ETD avec la déclaration de l'année du départSursis de paiement, puis dégrèvement après 2 ou 5 ans selon la valeur des titresNe vise jamais l'assurance vie
IFIPatrimoine immobilier mondialImmeubles situés en France seulement, y compris via unités de compteSeuil de 1,3 M€
Déclarations2042 (et 3916) pour la période résidente, déposée l'année suivante2042-NR pour les revenus de source française, même échéanceDate de transfert à indiquer

Quelles erreurs voit-on le plus souvent dans la chronologie d'un départ ?

Neuf erreurs reviennent dans les dossiers de départ. Aucune n'est technique au sens strict ; toutes viennent d'une confusion entre la date administrative du départ et la date fiscale du transfert, ou d'un réflexe appliqué sans vérification.

  • ◆Dater son départ du visa ou du certificat de résidence étranger plutôt que du jour où le dernier critère du 4 B est tombé
  • ◆Racheter un contrat d'assurance vie français sans regarder de quel côté de la date de transfert on se trouve
  • ◆Clôturer un PEA par réflexe alors que rien ne l'impose hors État non coopératif
  • ◆Sortir d'un PER sans avoir vérifié la convention et la retenue à la source applicable
  • ◆Oublier la 2042-NR, ou croire que la dernière déclaration française est celle de l'année du départ alors qu'elle se dépose l'année suivante
  • ◆Croire que le prélèvement 990 I disparaît avec la résidence française alors qu'il suit celle des bénéficiaires
  • ◆Attendre d'être installé pour ouvrir le contrat luxembourgeois, et découvrir que la compagnie n'accepte pas le pays ou demande des pièces qu'on n'a pas encore
  • ◆Conserver un logement en France sans en mesurer l'effet sur le critère du foyer, point que Coreway Consulting examine dans garder son logement en France après un départ à Dubaï
  • ◆Ne pas signaler le changement de résidence à l'assureur luxembourgeois, alors que l'auto-certification CRS doit être renouvelée

Questions fréquentes

À quelle date devient-on non-résident fiscal français ?+

Le jour où plus aucun des quatre critères de l'article 4 B du CGI n'est rempli : foyer, séjour principal, activité professionnelle principale et centre des intérêts économiques en France. Ni la date du visa ni celle du certificat de résidence étranger ne créent la non-résidence ; elles servent à la prouver.

Faut-il encore déposer une déclaration de revenus en France l'année qui suit le départ ?+

Oui, deux : la déclaration 2042 pour les revenus mondiaux perçus du 1er janvier à la date de transfert, et la déclaration 2042-NR pour les revenus de source française perçus ensuite, toutes deux déposées auprès du service des impôts des particuliers non-résidents (article 167 du CGI, BOI-IR-DOMIC-20).

Un rachat sur un contrat d'assurance vie français est-il imposé après le départ ?+

Oui, par un prélèvement libératoire de 12,8 %, ou de 7,5 % après huit ans pour les produits des primes versées depuis le 27 septembre 2017, sans abattement de 4 600 €/9 200 € mais sans prélèvements sociaux (article 125-0 A, II bis du CGI). La convention fiscale du pays de résidence peut réduire ce prélèvement.

Doit-on fermer son PEA quand on quitte la France ?+

Non. Depuis 2012, le transfert du domicile hors de France n'entraîne plus la clôture du plan, sauf vers un État ou territoire non coopératif. Pour un non-résident, le gain réalisé lors d'un retrait est hors du champ de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux français.

Un plan d'épargne retraite peut-il être conservé par un non-résident ?+

Oui, le plan n'est pas clôturé par le départ. En revanche, la fiscalité d'une sortie en capital devient complexe : la part des versements déduits est traitée comme une pension et relève de la retenue à la source de l'article 182 A sous réserve de la convention, la part des gains d'un prélèvement forfaitaire, la part des versements non déduits est exonérée. Ce point se valide avec un fiscaliste avant toute sortie.

Le contrat d'assurance vie luxembourgeois est-il soumis à l'exit tax ?+

Non. L'exit tax de l'article 167 bis du CGI porte sur les titres et droits sociaux détenus au jour du départ, pas sur les contrats d'assurance vie. Ouvrir un contrat luxembourgeois avant de partir ne permet pas non plus d'y échapper pour les titres que l'on détient par ailleurs.

Peut-on ouvrir un contrat luxembourgeois une fois installé à l'étranger ?+

Dans l'Espace économique européen, oui, en libre prestation de services. Hors EEE, cela dépend de l'acceptation de votre pays de résidence par la compagnie, qui tient une liste interne non publique, et du droit local de l'assurance ; aux Émirats, la portée du Federal Decree-Law n° 48 de 2023 doit être validée par un avocat local avant toute souscription.

Faut-il déclarer le contrat luxembourgeois sur le formulaire 3916 l'année du départ ?+

En principe oui, sur la déclaration 2042 qui couvre la période où vous étiez encore résident, puisque l'obligation de l'article 1649 AA vise les contrats souscrits hors de France par des personnes domiciliées en France. L'obligation disparaît ensuite tant que vous restez non-résident, et réapparaît dès votre retour.

Pour aller plus loin

Ressources externes citées

À lire aussi sur ce thème

Sources

  • Code général des impôts, art. 4 B (domicile fiscal), 164 B (revenus de source française), 167 (imposition de l'année du transfert du domicile à l'étranger), 170 (obligation déclarative), 197 A (taux minimum des non-résidents) : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006303080
  • BOFiP — BOI-IR-DOMIC-20, § 90 à 190 (transfert du domicile hors de France : revenus imposables, déclarations 2042 et 2042-NR, service des impôts des particuliers non-résidents) : https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/2027-PGP.html/identifiant=BOI-IR-DOMIC-20-20140625
  • Code général des impôts, art. 125-0 A, II bis (prélèvement sur les produits d'assurance vie perçus par des non-résidents) ; BOFiP — BOI-RPPM-RCM-30-10-20-20 : https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/9312-PGP.html/identifiant=BOI-RPPM-RCM-30-10-20-20-20171004
  • BOFiP — BOI-RPPM-RCM-40-50-20-20, § 720 (PEA : transfert du domicile hors de France, exception des États et territoires non coopératifs, sort des gains des non-résidents) ; CGI art. 238-0 A : https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/1556-PGP.html/identifiant=BOI-RPPM-RCM-40-50-20-20-20240730
  • Code général des impôts, art. 182 A (retenue à la source sur les pensions des non-résidents), 158, 5, b quinquies (sorties en capital d'un plan d'épargne retraite) : https://www.legifrance.gouv.fr
  • Code général des impôts, art. 187 (retenue à la source sur dividendes), 244 bis B (plus-values de cession de participations substantielles des non-résidents) : https://www.legifrance.gouv.fr
  • Code général des impôts, art. 167 bis (exit tax) ; BOFiP — BOI-RPPM-PVBMI-50 : https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/8036-PGP.html/identifiant=BOI-RPPM-PVBMI-50-20121031
  • Code général des impôts, art. 964, 965 et 972 (IFI : champ territorial pour les non-résidents, unités de compte représentatives d'immeubles) ; art. 990 I et 757 B ; art. 1649 AA et 1766 (déclaration des contrats souscrits hors de France) : https://www.legifrance.gouv.fr
  • Code de la sécurité sociale, art. L. 136-6 et L. 136-7 (champ des prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine et de placement) : https://www.legifrance.gouv.fr
  • Convention fiscale France-Émirats arabes unis du 19 juillet 1989, art. 19 § 2 : https://www.impots.gouv.fr/les-conventions-internationales
  • Loi luxembourgeoise modifiée du 4 décembre 1967 concernant l'impôt sur le revenu (LIR), art. 146 et 156 : https://impotsdirects.public.lu/fr/legislation/LIR.html
  • Loi luxembourgeoise modifiée du 7 décembre 2015 sur le secteur des assurances (libre prestation de services, texte coordonné par le Commissariat aux Assurances) : https://www.caa.lu
  • Administration des contributions directes (Luxembourg), Norme commune de déclaration (CRS) issue de la loi du 18 décembre 2015 : https://impotsdirects.public.lu/fr/echanges_electroniques/CRS_NCD.html
  • Federal Decree-Law No. (48) of 2023 Regulating Insurance Activities (Émirats arabes unis), art. 12 et 41 : https://rulebook.centralbank.ae/en/rulebook/federal-decree-law-no-48-2023-regulating-insurance-activities
  • Coreway Consulting, analyses citées : critères de résidence fiscale, visa vs résidence fiscale, règle des 183 jours, preuve de résidence aux Émirats, devenir non-résident, quitter la France fiscalement, société avant ou après le départ, logement conservé en France : https://www.coreway-consulting.com/blog

La chronologie patrimoniale d'un départ tient à une seule date, celle du transfert du domicile au sens de l'article 4 B, et à une règle par enveloppe : l'assurance vie française change de régime de rachat, le PEA ne bouge pas sauf destination non coopérative, le PER devient complexe, le compte-titres sort du champ des plus-values françaises, l'IFI se limite aux immeubles français, et le contrat luxembourgeois ne déclenche rien mais s'ouvre plus simplement avant qu'après.

Fixer la date de transfert avant toute décision ; dater chaque rachat ou sortie par rapport à elle ; déposer la 2042 et la 2042-NR l'année suivante ; ne pas clôturer un PEA par réflexe ; faire valider le PER ; engager la souscription luxembourgeoise six à huit semaines avant la date.

Si votre départ est prévu dans les douze prochains mois, la première étape est d'écrire noir sur blanc la date de transfert visée et la liste de vos enveloppes, puis de confronter chacune à cette date. C'est un travail d'une heure qui évite la plupart des erreurs décrites ici.

assurancevie.lu intervient sur le volet « contrat luxembourgeois » de cette chronologie, en coordination avec votre fiscaliste et, lorsque la relocation est accompagnée, avec le cabinet qui la mène ; les honoraires sont communiqués à l'avance et nous ne nous substituons ni au conseil fiscal ni au conseil en investissements financiers. Le sélecteur pays et étape permet de situer votre parcours en quelques clics.