En résumé
Un family office et un cabinet de conseil indépendant ne vendent pas la même chose, et le contrat d'assurance vie luxembourgeois qu'ils structurent est, lui, strictement le même : mêmes assureurs, mêmes FID/FAS, mêmes règles du Commissariat aux Assurances. Ce qui diffère, c'est le périmètre (le family office coordonne tout — juridique, fiscal, immobilier, gouvernance familiale, philanthropie ; le cabinet se concentre sur la structuration financière et patrimoniale), le modèle économique (single family office : structure salariée dont le coût fixe se chiffre en centaines de milliers à quelques millions d'euros par an, rationnel au-delà de 100 à 150 M€ ; multi-family office : 0,4 à 1,5 % des actifs ou forfait annuel, accès souvent à partir de 5 à 25 M€ selon les sources de marché ; cabinet indépendant en honoraires : quelques milliers à quelques dizaines de milliers d'euros par mission, sans seuil de patrimoine global) et le degré d'intégration. En dessous de 5 M€ de patrimoine financier, un family office n'est pas économiquement pertinent, et beaucoup de structures qui s'appellent « family office » en France sont des cabinets de conseil avec un positionnement marketing. Au-dessus de 20 à 30 M€ avec plusieurs générations, plusieurs pays et une entreprise familiale, un multi-family office devient une vraie réponse — et le cabinet indépendant y a alors sa place comme spécialiste de l'enveloppe assurantielle, pas comme chef d'orchestre.
Vous venez de céder votre entreprise, ou vous gérez un patrimoine familial devenu trop complexe pour votre banquier et votre expert-comptable. Un ami vous parle de « son family office » ; une banque privée vous propose le sien ; un cabinet indépendant vous dit qu'il fait la même chose pour dix fois moins cher. Tout le monde promet un contrat luxembourgeois. Vous ne savez plus ce que vous achetez.
Il est fréquent qu'un dirigeant reçoive, dans les semaines qui suivent une cession, des propositions de trois ou quatre acteurs se présentant tous comme « family office », sans que les périmètres ni les modes de rémunération soient comparables. La confusion est entretenue par un fait simple : le terme n'est pas protégé, et aucun agrément ne lui correspond.
Un family office est une structure dédiée à la gestion globale du patrimoine d'une famille (single family office, SFO) ou de plusieurs familles (multi-family office, MFO) : coordination des conseils juridiques et fiscaux, allocation d'actifs, reporting consolidé, gouvernance familiale, transmission, parfois administration courante. Un cabinet de conseil en gestion de patrimoine indépendant est un intermédiaire réglementé (inscription à l'ORIAS pour l'intermédiation en assurance ; statut de conseiller en investissements financiers, le cas échéant, pour le conseil sur instruments financiers) qui conçoit et met en place des solutions patrimoniales — dont le contrat luxembourgeois — contre honoraires ou commissions.
Cet article détaille ce qu'un family office fait de plus qu'un cabinet, à quel prix, à partir de quel patrimoine le calcul tient, ce qu'un cabinet indépendant fait aussi bien pour l'enveloppe luxembourgeoise, et comment les deux s'articulent quand la famille a besoin des deux.
Qu'est-ce qu'un family office fait de plus qu'un cabinet de gestion de patrimoine ?
Le point structurant tient en un mot : un family office est un coordinateur. Il tient la stratégie patrimoniale globale, consolide les actifs répartis entre plusieurs banques et plusieurs enveloppes, pilote les avocats, notaires et experts-comptables, organise la gouvernance familiale (charte, conseil de famille, pacte), suit l'entreprise familiale ou la holding, et prend souvent en charge la philanthropie, voire l'administration courante. Un cabinet indépendant intervient sur mission, sur le périmètre qui lui est confié.
Pour le contrat luxembourgeois lui-même, en revanche, le family office passe presque toujours par un courtier ou un mandataire agréé — parfois le même que celui qu'une famille aurait choisi en direct — ou l'intègre en interne s'il dispose de l'agrément. Le contrat n'est pas « meilleur » parce qu'il est intermédié par un family office ; il est intégré dans un ensemble plus large. Le tableau ci-dessous répartit les fonctions entre les trois modèles.
| Fonction | Single family office | Multi-family office | Cabinet indépendant |
|---|---|---|---|
| Stratégie patrimoniale globale | Oui, équipe dédiée | Oui, mutualisée | Oui, sur mission |
| Allocation d'actifs consolidée (toutes banques, toutes enveloppes) | Oui | Oui | Partielle : sur le périmètre confié |
| Reporting consolidé multi-établissements | Oui, souvent outil propriétaire | Oui | Rarement à ce niveau |
| Coordination avocats / notaires / experts-comptables | Oui, en interne ou pilotée | Oui | Ponctuelle, sur un dossier |
| Gouvernance familiale (charte, conseil de famille, pacte) | Cœur du métier | Oui | Non, ou renvoi à un avocat |
| Entreprise familiale, holding, immobilier d'exploitation | Oui | Oui | Hors périmètre le plus souvent |
| Philanthropie, fondation, fonds de dotation | Oui | Souvent | Non |
| Administration (paiements, assurances, personnel) | Souvent | Parfois | Non |
| Structuration d'un contrat luxembourgeois (FID/FAS, clause bénéficiaire, dépositaire) | Via un courtier partenaire, ou en interne si agrément | Idem | Cœur du métier |
| Suivi du contrat dans la durée | Délégué ou interne | Délégué ou interne | Oui |
Combien coûte un family office comparé à un cabinet en honoraires ?
Les chiffres qui suivent sont des fourchettes de marché relevées dans des publications de cabinets français et de comparateurs (voir les sources en fin d'article) ; ce ne sont ni des tarifs publics normés ni ceux du cabinet, et aucun acteur de ce marché ne publie de grille officielle. Ils doivent être lus comme des ordres de grandeur.
Le single family office est une structure salariée : son coût fixe (salaires, systèmes, locaux) est évalué entre 0,8 et 2 M€ par an par les sources consultées, soit environ 2,4 % des actifs pour un patrimoine de 50 M€, mais 0,5 % à 250 M€ — d'où un point de bascule situé entre 150 et 250 M€ selon ces mêmes sources, certaines évoquant 100 M€. Le multi-family office facture en ad valorem (0,4 à 1,5 % des actifs) ou au forfait (20 000 à 100 000 € par an selon plusieurs comparateurs, avec des planchers annuels autour de 250 000 € pour les structures les plus établies), et annonce des seuils d'entrée de 5 à 25 M€. Le « family office » d'une banque privée se rémunère par les frais sur encours, les rétrocessions et des honoraires, souvent 1 à 2 % tout compris, avec un périmètre limité aux actifs confiés à la banque. Un cabinet indépendant en honoraires facture une mission puis, éventuellement, un suivi — sans seuil de patrimoine global, le seul seuil étant celui du contrat lui-même (souvent 125 000 à 250 000 € pour un FID ou un FAS).
Situation type construite pour illustrer le calcul, à partir de paramètres réalistes — elle ne décrit aucun client. Une famille avec 8 M€ de patrimoine financier confie l'ensemble à un MFO à 0,5 % : 40 000 € par an, 600 000 € sur quinze ans hors capitalisation. Un cabinet indépendant qui structure un contrat luxembourgeois de 5 M€ en FID et en assure le suivi facturera des honoraires de mission puis de suivi d'un ordre de grandeur nettement inférieur — mais il ne fera ni le reporting consolidé des trois banques, ni le pacte d'actionnaires de la holding, ni la charte familiale. La question n'est pas « lequel est le moins cher », c'est « ai-je besoin des fonctions que je paie ».
Un point d'honnêteté sur les modèles : un cabinet rémunéré partiellement par commissions d'assureur a un intérêt au contrat qu'il propose ; un family office rémunéré en ad valorem a un intérêt à ce que les actifs restent sous sa supervision. Aucun modèle n'est sans biais ; le bon réflexe est de demander par écrit toutes les sources de rémunération de chaque intervenant.
| Modèle | Mode de rémunération | Ordre de grandeur (sources de marché) | Patrimoine à partir duquel le coût tient |
|---|---|---|---|
| Single family office | Coût fixe de structure (salaires, systèmes, locaux) | 0,8 à 2 M€/an ; soit ~2,4 % des actifs à 50 M€, ~0,5 % à 250 M€ | Point de bascule évalué à 150-250 M€ ; d'autres sources évoquent 100 M€ |
| Multi-family office | Ad valorem 0,4 à 1,5 % des actifs ou forfait ; planchers annuels fréquents | Forfaits 20 000 à 100 000 €/an ; planchers autour de 250 000 €/an pour les MFO établis | Seuils d'entrée annoncés de 5 à 25 M€ selon les structures |
| Banque privée « family office » | Frais de gestion sur encours + rétrocessions + honoraires | Très variable, souvent 1 à 2 % tout compris sur les actifs gérés | À partir de quelques millions, mais périmètre limité aux actifs de la banque |
| Cabinet indépendant en honoraires | Honoraires de mission + éventuellement honoraires de suivi ; commissions ou rétrocessions selon le modèle | Grille du cabinet publiée sur la page tarifs | Pas de seuil de patrimoine global ; seuil du contrat (souvent 125 000 à 250 000 € pour FID/FAS) |
À partir de quel patrimoine un family office est-il réellement justifié ?
Les seuils annoncés par les acteurs eux-mêmes sont ambigus, parce qu'ils sont commerciaux. Les sources de marché consultées convergent néanmoins sur une lecture par paliers, résumée ci-dessous.
Le critère qui compte plus que le montant est la complexité et le nombre de parties prenantes. Un patrimoine de 10 M€ réparti sur deux pays, une holding et trois enfants a plus besoin de coordination qu'un patrimoine de 30 M€ liquide détenu par un couple sans enfant.
- ◆Sous 5 M€ de patrimoine financier : aucune structure ne peut économiquement fournir un vrai service de family office ; ce qui est vendu sous ce nom est du conseil patrimonial classique, éventuellement de qualité, mais pas un family office.
- ◆5 à 20 M€ : zone grise. Certains MFO acceptent ; le service est mutualisé ; l'intérêt dépend de la complexité (plusieurs pays, entreprise familiale, indivision, enfants mineurs, philanthropie) plus que du montant.
- ◆20 à 100 M€ : le MFO devient une réponse naturelle si la famille veut un chef d'orchestre ; le cabinet indépendant reste pertinent comme spécialiste d'une brique.
- ◆Au-delà de 100 à 150 M€ : le SFO commence à se justifier ; le MFO reste une alternative.
Ce qu'un cabinet indépendant fait aussi bien — ou mieux — pour un contrat luxembourgeois
Pour l'enveloppe assurantielle elle-même, l'expertise n'est pas fonction de la taille de la structure. Le choix de l'assureur et la négociation des frais reposent sur la connaissance des grilles, des seuils réels (un FID dès 125 000 € chez certaines compagnies, 250 000 € ailleurs) et des politiques d'acceptation : un cabinet spécialisé qui travaille avec neuf compagnies partenaires les connaît, là où un family office généraliste s'appuie souvent sur un ou deux courtiers. L'architecture FID/FAS, le choix du gérant et de la banque dépositaire relèvent d'une compétence technique, pas d'un effet d'échelle. La clause bénéficiaire, le démembrement, le régime matrimonial et la résidence fiscale se traitent dossier par dossier. Enfin, un cabinet à taille humaine est souvent plus rapide sur un arbitrage, un rachat programmé ou une avance qu'une structure qui doit passer par son propre circuit puis celui du courtier.
Ce qu'un cabinet indépendant ne fait pas, et doit dire qu'il ne fait pas : le reporting consolidé multi-banques, la gouvernance familiale, l'audit de la holding, la coordination permanente d'une équipe d'avocats sur plusieurs juridictions. Quand le besoin est là, le cabinet doit orienter vers un MFO, pas s'improviser.
Position réglementaire à rappeler : assurancevie.lu est édité par EXP Capital, mandataire d'intermédiaire d'assurance inscrit à l'ORIAS ; ce n'est ni un cabinet d'avocats, ni un expert-comptable, ni une société de gestion, et les contenus du site ne constituent pas un conseil en investissement financier au sens de la réglementation AMF. Cette distinction n'est pas anodine : un cabinet qui n'a pas le statut de conseiller en investissements financiers conseille sur l'enveloppe d'assurance et sa structuration, pas sur des instruments financiers détenus hors contrat.
Peut-on avoir un FID ou un FAS sans passer par un family office ?
Oui, sans aucune réserve. Le FID et le FAS sont des véhicules définis par le Commissariat aux Assurances (lettre circulaire 26/1) ; leurs conditions d'accès sont un montant de prime (125 000 € minimum pour un FID) et une catégorie de preneur fondée sur la fortune mobilière déclarée. Ni le texte ni les assureurs n'exigent l'intermédiation d'un family office. Un souscripteur peut y accéder via un courtier, un mandataire, une banque privée ou, chez certains assureurs, en direct.
L'idée inverse — qu'un family office « ouvre des portes » vers des assureurs ou des gérants inaccessibles autrement — est en grande partie un argument commercial. Ce qu'un family office apporte réellement, c'est le poids de négociation (frais de contrat, frais de mandat) quand il regroupe plusieurs dizaines de millions chez un même assureur, et l'intégration du contrat dans une stratégie plus large. Sur un contrat individuel significatif, les conditions de frais dépendent surtout de l'encours et de l'assureur ; nous ne prétendons pas qu'un cabinet obtienne systématiquement la parité avec un family office qui regroupe des volumes bien supérieurs.
Comment les deux s'articulent quand la famille a besoin des deux ?
Le schéma qui fonctionne le mieux dans les dossiers complexes : le family office (ou l'avocat coordinateur de la famille) tient la stratégie globale et le calendrier ; le cabinet spécialisé prend en charge la brique « contrat luxembourgeois » — sélection de l'assureur, structuration FID/FAS, clause bénéficiaire, mise en place avec le dépositaire, suivi — et rend compte au coordinateur.
Trois conditions pour que cela fonctionne : un mandat écrit clair sur qui décide quoi, une transparence totale des rémunérations de chacun, et un reporting du contrat compatible avec l'outil de consolidation du family office. Travailler en second rang d'un family office ou d'un conseil de famille n'a rien d'inhabituel pour un cabinet spécialisé ; c'est même la configuration la plus saine dès que la famille dispose déjà d'un coordinateur.
Ce qui ne marche pas : deux structures qui se présentent chacune comme le conseil global, et un client qui découvre qu'il paie deux fois la même réflexion.
Questions fréquentes
Un family office est-il obligatoire pour ouvrir un contrat luxembourgeois haut de gamme ?+
Non. Le FID et le FAS sont accessibles via n'importe quel intermédiaire agréé, sous conditions de prime et de catégorie fixées par le Commissariat aux Assurances, sans intermédiation obligatoire d'un family office.
À partir de quel patrimoine un family office a-t-il un sens ?+
Selon les sources de marché, un multi-family office devient pertinent à partir de 5 à 20 M€ selon la complexité familiale, et un single family office au-delà de 100 à 150 M€, seuil à partir duquel son coût fixe (souvent 0,8 à 2 M€ par an) tombe sous 1 % des actifs.
Combien coûte un multi-family office ?+
Les fourchettes publiées vont de 0,4 à 1,5 % des actifs par an, ou des forfaits de quelques dizaines de milliers d'euros à plusieurs centaines de milliers pour les structures établies. Ces montants sont des ordres de grandeur de marché, pas des tarifs normés.
Une banque privée qui a un « family office » propose-t-elle la même chose ?+
Rarement au même périmètre : le family office bancaire est souvent limité aux actifs confiés à la banque et rémunéré par les frais sur ces actifs, avec un panel d'assureurs et de gérants restreint. Un MFO indépendant consolide toutes les banques.
Un cabinet indépendant peut-il négocier les frais d'un contrat aussi bien qu'un family office ?+
Sur un contrat individuel significatif, les conditions dépendent surtout de l'encours et de l'assureur ; l'avantage de négociation d'un family office joue quand il regroupe des dizaines de millions chez un même assureur.
Que se passe-t-il si mon family office change de courtier ?+
Le contrat est au nom du souscripteur, pas du family office ; il est possible de changer d'intermédiaire sans toucher au contrat.
Le terme « family office » est-il réglementé en France ?+
Non. Il n'existe pas d'agrément « family office » ; les activités sous-jacentes (intermédiation en assurance, conseil en investissement, gestion de portefeuille) sont réglementées chacune. Vérifier l'ORIAS et, le cas échéant, l'AMF pour chaque structure.
Pour aller plus loin
- Honoraires et modèle fee-only d'un conseiller indépendant →
Détaille les sources de rémunération à demander par écrit à chaque intervenant, family office compris.
- Catégories d'investisseur du CAA et accès au FID/FAS →
Les conditions réelles d'accès aux véhicules sur mesure — prime et fortune mobilière — qui ne dépendent pas de l'intermédiaire choisi.
- FID ou FAS : quel véhicule choisir →
La brique technique que le cabinet prend en charge, seul ou en second rang d'un family office.
- Tarifs et honoraires du cabinet →
La grille de mission et de suivi à comparer aux ordres de grandeur de marché cités dans l'article.
Sources
- Hagnéré Patrimoine — guide single family office vs multi-family office (coûts fixes, seuils d'entrée, point de bascule) : https://www.hagnere-patrimoine.fr
- Prosper Conseil — page multi-family office (honoraires purs, seuils) : https://www.prosper-conseil.fr
- Finary, Ramify, Finalib, Odax Wealth — articles génériques sur les forfaits et l'ad valorem des family offices (sources secondaires de marché)
- ORIAS — Registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance : https://www.orias.fr
- Commissariat aux Assurances — Lettre circulaire 26/1 (FID, FAS, catégories de preneurs) : https://www.caa.lu/uploads/documents/files/LC26-1_FR.pdf