ExpatriationPublié le 21 septembre 202614 min de lecture

Assurance vie luxembourgeoise et Royaume-Uni après la fin du non-dom : pourquoi le régime FIG ne protège pas votre contrat

Rédigé par le pôle expertise Luxembourg — assurancevie.lu

En résumé

Depuis le 6 avril 2025, le statut de non-dom et la remittance basis ont disparu ; ils sont remplacés par un régime de 4 ans (FIG, Foreign Income and Gains) qui exonère une liste limitative de revenus étrangers — et les gains sur contrats d'assurance vie (chargeable event gains) n'y figurent pas. Un Français qui s'installe à Londres avec un contrat luxembourgeois est donc imposable au Royaume-Uni sur ses rachats dès la première année, à son taux marginal d'income tax (20 %, 40 % ou 45 %), sans le crédit de 20 % réservé aux polices britanniques. Trois mécanismes propres aux « foreign policies » atténuent ou aggravent fortement la note : les retraits différés de 5 % par an, le time apportionment relief pour les années passées hors du Royaume-Uni, et — dans l'autre sens — la qualification de Personal Portfolio Bond, qui frappe les contrats où le souscripteur choisit lui-même ses titres d'une taxation forfaitaire annuelle très pénalisante. Enfin, le nouvel Inheritance Tax résidentiel place l'intégralité du patrimoine mondial dans le champ des 40 % britanniques après 10 années de résidence sur 20.

La question arrive souvent après la lecture d'un article sur « la fin du non-dom » : « je pars à Londres en mutation, on me dit que les quatre premières années sont exonérées sur mes revenus étrangers, mon contrat luxembourgeois est un revenu étranger, donc je suis tranquille ? » Non. Et l'erreur est d'autant plus fréquente que plusieurs contenus en français sur le sujet ont été écrits à partir de l'ancien régime de la remittance basis, qui laissait effectivement un contrat étranger hors d'atteinte tant qu'aucun rachat n'était rapatrié.

Le profil concerné est celui du cadre de la finance, du dirigeant d'une filiale britannique ou de l'entrepreneur en phase de développement à Londres, détenteur d'une épargne significative déjà logée en assurance vie française ou luxembourgeoise, qui prévoit de rester trois à sept ans avant de rentrer ou de repartir ailleurs. Pour lui, le Royaume-Uni est le pays où la fiscalité d'un contrat luxembourgeois est la plus technique de toute l'Europe — et celui où une mauvaise structuration se paie le plus cher. Le point le plus souvent découvert trop tard n'est d'ailleurs pas le FIG mais la règle du Personal Portfolio Bond, qui peut transformer un FAS bien conçu en machine à impôt annuel.

Un contrat d'assurance vie luxembourgeois est, en droit britannique, une « foreign policy » — ce que le marché appelle un offshore bond — soumise aux règles des chargeable event gains de la Part 4, Chapter 9 de l'Income Tax (Trading and Other Income) Act 2005. Cet article explique ce que cela change concrètement pendant votre séjour, ce qui reste imposable en France, et comment structurer un contrat avant le départ pour éviter les deux pièges majeurs.

Le régime FIG exonère-t-il les gains de mon assurance vie luxembourgeoise ?

Non, et c'est le point le plus important de cet article.

Le Finance Act 2025 a supprimé la remittance basis et créé, à la section 845H de l'ITTOIA 2005, le régime des « qualifying new residents » : une personne qui devient résidente britannique après au moins 10 années fiscales consécutives de non-résidence peut, pendant ses 4 premières années de résidence, demander l'exonération de ses « foreign income and gains ». Mais la loi définit les revenus éligibles par une liste exhaustive : dividendes étrangers, intérêts étrangers, revenus immobiliers étrangers, pensions étrangères, gains sur fonds offshore, revenus de trusts étrangers, entre autres. Les gains sur polices d'assurance vie étrangères — qui relèvent d'un chapitre distinct de la loi (Part 4, Chapter 9, « gains from contracts for life insurance ») — ne sont pas dans cette liste.

Conséquence : un résident FIG qui rachète son contrat luxembourgeois pendant ses 4 premières années est imposable au Royaume-Uni sur le gain, exactement comme un résident ordinaire. Le régime FIG lui sera utile pour ses dividendes ou ses intérêts de comptes étrangers, pas pour son assurance vie.

Deux corollaires : demander le FIG fait perdre le personal allowance et l'annual exempt amount de capital gains tax pour l'année concernée — un arbitrage à faire avec un fiscaliste britannique ; et le Temporary Repatriation Facility (12 % pour 2025/26 et 2026/27, 15 % pour 2027/28) concerne les anciens utilisateurs de la remittance basis qui veulent rapatrier des revenus antérieurs ; il ne concerne pas un nouvel arrivant de 2026.

Cette lecture de la liste de la s. 845H conditionne tout l'article. Nos recherches n'ont identifié aucune guidance HMRC étendant le régime FIG aux chargeable event gains, mais il s'agit d'un texte récent : une confirmation par un fiscaliste britannique, sur votre situation, reste indispensable avant tout rachat.

Comment le Royaume-Uni impose-t-il un rachat sur un contrat luxembourgeois (chargeable event gain) ?

Le gain imposable n'est pas calculé comme en France. Le Royaume-Uni raisonne par « événement imposable » (chargeable event) : rachat total, rachat partiel au-delà de l'allocation de 5 %, cession à titre onéreux, décès du dernier assuré, échéance.

La règle des 5 % (s. 507 ITTOIA 2005). Chaque année d'assurance, vous pouvez retirer jusqu'à 5 % des primes versées cumulées sans événement imposable immédiat ; les fractions non utilisées se cumulent, dans la limite de 100 % des primes (soit 20 ans). Ce n'est pas une exonération : c'est un report. Au rachat final, l'ensemble des retraits est réintégré dans le calcul du gain.

Le taux. Le gain est un revenu (« savings income ») ajouté à vos autres revenus et taxé au barème de l'income tax : 20 %, 40 % ou 45 %, après éventuel starting rate for savings et personal savings allowance. Différence essentielle avec un contrat d'assureur britannique (onshore bond) : la police étrangère n'ouvre droit à aucun crédit d'impôt de 20 % au titre de l'impôt supposé payé par l'assureur. Le gain d'un contrat luxembourgeois est donc taxé plein taux, ce qui est logique — le Luxembourg n'a rien prélevé (art. 146 et 156 LIR).

Top-slicing relief (s. 535-537). Le gain accumulé sur N années est divisé par N pour déterminer le taux marginal applicable, ce qui évite qu'un gros rachat unique projette toute la somme dans la tranche à 45 %. Pour une police étrangère, le nombre d'années retenu est réduit des années de non-résidence si le time apportionment relief est utilisé.

Time apportionment relief (s. 528). C'est la disposition la plus favorable pour un expatrié : le gain imposable est réduit à proportion des jours de non-résidence britannique du souscripteur sur la durée totale du contrat. Un contrat ouvert en France 6 ans avant l'arrivée à Londres, racheté après 4 ans de résidence britannique, ne voit que 4/10 de son gain soumis à l'impôt britannique. Cela plaide fortement pour un contrat ouvert avant le départ plutôt qu'après l'arrivée.

Illustration chiffrée : le même contrat, ouvert avant ou après l'arrivée à Londres

Situation type construite pour illustrer le mécanisme, à partir de paramètres réalistes ; elle ne décrit pas un client réel. Les taux et seuils britanniques cités sont ceux en vigueur à la date de rédaction et doivent être revérifiés.

Un cadre installé à Londres, contribuable à 45 %, rachète totalement un contrat luxembourgeois : primes 500 000 €, valeur 700 000 €, gain 200 000 €, contrat ouvert 6 ans avant l'arrivée au Royaume-Uni et racheté après 4 ans de résidence. Sans time apportionment : 200 000 € × 45 % = 90 000 €. Avec time apportionment (4 ans de résidence sur 10 de contrat) : gain imposable 80 000 € × 45 % = 36 000 €. Le même contrat ouvert après l'arrivée aurait été taxé sur la totalité.

Qu'est-ce qu'un Personal Portfolio Bond et pourquoi mon contrat FAS ou FID peut-il en être un ?

C'est le piège spécifique aux contrats luxembourgeois haut de gamme.

Les sections 515 à 526 de l'ITTOIA 2005 qualifient de Personal Portfolio Bond (PPB) toute police dont les prestations dépendent de la valeur de biens que le souscripteur (ou une personne liée) peut sélectionner. Les catégories de biens « autorisées » (s. 520) — parts de fonds collectifs, fonds internes de l'assureur ouverts à tous ses assurés, liquidités, notamment — ne rendent pas le contrat PPB. En revanche, la possibilité de choisir des actions ou obligations individuelles, ou un fonds interne dédié dont le souscripteur oriente la composition, expose au régime PPB.

Sanction : chaque année, un gain forfaitaire de 15 % des primes cumulées (majoré des gains forfaitaires des années antérieures, formule de la s. 522) est réputé réalisé et imposé au taux marginal du souscripteur, même sans aucun rachat. Sur 10 ans, cette taxation forfaitaire dépasse largement la valeur réelle des gains dans la plupart des scénarios. HMRC détaille ce régime dans son Insurance Policyholder Taxation Manual (série IPTM7700).

Un contrat luxembourgeois destiné à un futur résident britannique doit donc être construit — ou restructuré avant l'arrivée — avec des supports collectifs ou un mandat discrétionnaire strict, et ses conditions générales doivent être relues sous cet angle par un fiscaliste britannique. Pour un FID en gestion discrétionnaire pure, où le souscripteur fixe une allocation mais ne choisit pas les lignes, le risque paraît faible mais nous n'avons pas identifié de position HMRC explicite : c'est un point à faire confirmer avant l'installation.

Architecture du contrat luxembourgeoisRisque PPBCommentaire
Fonds externes (OPCVM/ETF) sélectionnés par le souscripteurFaibleLes parts de fonds collectifs sont des biens autorisés
FIC (fonds interne collectif) de l'assureurFaibleFonds ouvert à d'autres assurés
FID en gestion discrétionnaire pure, sans droit de sélection du souscripteurProbablement faible, non confirméPas de position HMRC identifiée sur un mandat discrétionnaire où le souscripteur fixe une allocation sans choisir les lignes
FAS ou FID avec sélection de titres individuels par le souscripteur ou son conseiller liéÉlevéRégime PPB quasi certain

L'Inheritance Tax britannique s'applique-t-il à mon contrat luxembourgeois ?

Depuis le 6 avril 2025, l'IHT n'est plus fondé sur le domicile mais sur la résidence (IHTA 1984, s. 6A) : une personne « long-term resident » — résidente au moins 10 des 20 dernières années fiscales — est soumise à l'IHT sur son patrimoine mondial, au taux de 40 % au-delà du nil-rate band de 325 000 £ (gelé jusqu'en 2030). Avant ce seuil de 10 ans, seuls les biens situés au Royaume-Uni sont dans le champ ; un contrat luxembourgeois d'un résident depuis moins de 10 ans n'y est pas.

Après le départ, une « queue » maintient la personne dans le champ mondial de l'IHT pendant 3 à 10 ans selon la durée de sa résidence passée.

Au décès du dernier assuré, un chargeable event est également déclenché sur le gain (valeur de rachat immédiatement avant le décès), imposable à l'income tax du défunt — une double couche IHT + income tax que le contrat luxembourgeois ne supprime pas. Les mécanismes britanniques de trust autour des polices, que nous n'utilisons pas pour une clientèle française sans avis britannique, sont hors du champ de cet article.

Côté France, deux règles subsistent : le prélèvement de l'article 990 I du CGI si un bénéficiaire est domicilié en France au décès (et l'a été 6 des 10 dernières années) ou si l'assuré y est domicilié au décès ; et la convention franco-britannique en matière de successions du 21 juin 1963, qui attribue les biens meubles à l'État du domicile du défunt — sans qu'il soit établi qu'elle couvre le 990 I, ni comment sa notion de domicile s'articule avec le nouveau critère britannique de long-term residence. Ces deux questions restent ouvertes et doivent être examinées avec un conseil des deux côtés de la Manche.

Faut-il ouvrir un contrat luxembourgeois avant ou après son installation à Londres ?

Avant, presque toujours, pour trois raisons.

Et un point de réalisme : pendant un séjour de moins de 4 ans, sans rachat, un contrat luxembourgeois bien structuré (hors PPB) ne génère aucune imposition britannique — c'est le report de taxation qui fait l'intérêt de l'enveloppe, pas une exonération. Le FIG ne change rien à ce raisonnement.

  • Time apportionment : chaque année de contrat courue hors du Royaume-Uni réduit le gain imposable britannique
  • Ancienneté française : si vous rentrez en France, les 8 ans du contrat courent depuis l'ouverture, séjour britannique compris
  • Structuration PPB : plus simple à concevoir dès l'origine qu'à corriger après

Questions fréquentes

Le régime FIG de 4 ans exonère-t-il les rachats d'assurance vie étrangère ?+

Non. La liste des revenus étrangers éligibles au régime FIG (s. 845H ITTOIA 2005, Finance Act 2025) ne comprend pas les gains sur contrats d'assurance vie, qui relèvent d'un chapitre distinct de la loi. Un nouveau résident est imposable dès la première année sur ses rachats.

Qu'est-ce que la règle des 5 % ?+

La possibilité de retirer chaque année d'assurance jusqu'à 5 % des primes cumulées sans déclencher d'imposition immédiate, avec report des fractions non utilisées jusqu'à 100 % des primes (s. 507 ITTOIA 2005). Les retraits sont réintégrés dans le calcul du gain lors du rachat final.

À quel taux un gain de contrat luxembourgeois est-il imposé au Royaume-Uni ?+

Au taux marginal d'income tax du souscripteur (20 %, 40 % ou 45 %), sans le crédit de 20 % réservé aux polices britanniques, avec top-slicing relief pour lisser l'effet d'un rachat important, et réduction du gain au prorata des années de non-résidence (time apportionment relief).

Mon FAS luxembourgeois est-il un Personal Portfolio Bond ?+

Si vous ou une personne liée pouvez sélectionner des titres individuels dans le contrat, très probablement oui, avec une taxation forfaitaire annuelle de 15 % des primes cumulées. Les contrats investis en fonds collectifs ou en fonds internes ouverts à d'autres assurés échappent en principe à cette qualification.

Depuis quand le statut de non-dom a-t-il disparu ?+

Depuis le 6 avril 2025, avec le Finance Act 2025, qui a remplacé la remittance basis par le régime FIG de 4 ans et le domicile par la résidence pour l'Inheritance Tax.

Mon contrat luxembourgeois entre-t-il dans l'Inheritance Tax britannique ?+

Seulement si vous êtes « long-term resident » (10 des 20 dernières années fiscales) : votre patrimoine mondial est alors dans le champ des 40 % au-delà de 325 000 £. Avant ce seuil, seuls vos biens britanniques sont concernés.

Le Luxembourg retient-il un impôt à la source ?+

Non. Aucune retenue n'est prévue sur les produits d'assurance vie perçus par un non-résident (art. 146 et 156 de la loi luxembourgeoise de l'impôt sur le revenu).

Pour aller plus loin

Sources

  • Finance Act 2025, Part 2 (abolition de la remittance basis, régime des qualifying new residents, Temporary Repatriation Facility) : https://www.legislation.gov.uk/ukpga/2025/8/contents
  • Income Tax (Trading and Other Income) Act 2005 : s. 845H (foreign income and gains éligibles), Part 4 Chapter 9 (gains from contracts for life insurance), s. 507 (5 % allowance), s. 515-526 (personal portfolio bonds), s. 528 (time apportionment), s. 535-537 (top-slicing relief) : https://www.legislation.gov.uk/ukpga/2005/5/contents
  • Inheritance Tax Act 1984, s. 6A (long-term UK residents) tel que modifié par le Finance Act 2025 : https://www.legislation.gov.uk/ukpga/1984/51/contents
  • HMRC, Insurance Policyholder Taxation Manual (IPTM), séries IPTM3500 (5 % allowance), IPTM3700 (foreign policies, time apportionment), IPTM3800 (top-slicing), IPTM7700 (personal portfolio bonds) : https://www.gov.uk/hmrc-internal-manuals/insurance-policyholder-taxation-manual
  • HMRC, manuels internes (guidance résidence et régime FIG, Inheritance Tax Manual sur le régime résidentiel) : https://www.gov.uk/hmrc-internal-manuals
  • Gov.uk, Inheritance Tax thresholds and rates (nil-rate band 325 000 £) : https://www.gov.uk/inheritance-tax
  • BOFiP — BOI-INT-CVB-GBR (convention France-Royaume-Uni du 19 juin 2008 ; convention successorale du 21 juin 1963) ; BOI-TCAS-AUT-60 (990 I) : https://bofip.impots.gouv.fr
  • Loi luxembourgeoise modifiée du 4 décembre 1967 concernant l'impôt sur le revenu (LIR), art. 146 et 156 : https://impotsdirects.public.lu/fr/legislation/LIR.html

Le Royaume-Uni post-non-dom n'a pas fermé la porte aux expatriés, mais il l'a fermée à une idée reçue : le régime FIG ne couvre pas l'assurance vie, et un contrat luxembourgeois y est imposable dès l'arrivée sur ses rachats. Ce qui protège réellement, ce sont les mécanismes propres aux offshore bonds — report de 5 % par an, time apportionment, top-slicing — et une architecture qui évite la qualification de Personal Portfolio Bond.

Ouvrir le contrat avant le départ ; bannir la sélection de titres individuels ; ne pas compter sur le FIG ; surveiller le seuil des 10 ans de résidence pour l'IHT ; garder en tête le 990 I français pour les bénéficiaires restés en France.

Si votre installation à Londres est prévue ou récente, une relecture de vos contrats existants sous l'angle PPB et time apportionment est le point de départ, avec un fiscaliste britannique pour la partie locale.

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